"Septième étage. On entrevoit à peine deux pieds nus, abandonnés et immobiles comme ceux d'un petit Christ après la déposition de croix. Maintenant que la famille et les relation sont parties à leurs affaires respectives ainsi que les commères, les amis, le brave don Gervasoni, le curé de la paroisse, le directeur de l'école, la maîtresse, le médecin légiste, le commissaires de police, le fleuriste, le sombre entrepreneur, les camarades de classe venus en délégation, maintenant que la maison est vide et que tous ceux qui dix minutes auparavant s'y trouvaient avec leur pitié, leurs larmes, leurs sanglots sont désormais repartis à leurs affaires, plein de vie, et qu'ils bavardent, rient, fument, mangent des gâteaux à la crème, maintenant que le calme est revenu, la femme se met à laver son enfant mort pour qu'il s'en aille tout propre. C'est un camion qui l'a tué, c'est une barque qui l'a noyé, c'est un train qui, c'est une digue. La drame a suscité une grande émotion, la radio et les journaux en ont parlé, mais vingt-quatre heures ont passé et c'est déjà loin.
Oui, il faut un petit linge bien doux; de l'eau tiède, du talc et de l'amour. Personne ne viendra la déranger, l'interrompre, oh ! non, ils ont autre chose en tête maintenant."
Dino Buzzati. "Les solitudes" extrait de Le K.